Pieds plats ? Quand devez-vous vous Agir?Par Catherine Langevin-Cusson D.O.

Pour les questions de biomécanique du pied, ou de dysfonction du tendon tibial postérieur, plusieurs opinions se contredisent.

  • La hauteur de l’arche plantaire est souvent au cœur des débats : est-elle responsable du développement de nos douleurs?

  • Est-ce le couple cuboïde / scaphoïde?, ou le lien entre le pied structurel et le côté plus fonctionnel qui sont mal agencés?

  • Pourrait-il s’agir de faiblesse ligamentaire ou de génétique? Que faire dans ces cas ?

Comme pour toute question scientifique, la réponse est plus complexe que simplement « oui » ou « non ».

 Existe-t-il réellement une « mauvaise » posture du pied?

Lorsqu’un professionnel évalue la fonction du pied et du membre inférieur, il observe à la fois son apparence et sa manière de bouger. Plusieurs personnes ont tendance à blâmer la forme du pied (le « bouc émissaire » idéal) ou sa manière de supporter le corps comme explication de l’apparition de douleurs.

Or, il est crucial de distinguer une variation morphologique naturelle d’une véritable pathologie. Cette dernière entraîne des changements ou un affaiblissement progressif, incluant un affaissement de l’arche.

  • Le cas du pied plat : Bien qu’une arche basse puisse parfois être associée à une condition progressive appelée « Dysfonction du Tendon Tibial Postérieur » (aussi connue sous le nom de DTTP), il est essentiel de noter que la majorité des personnes ayant un pied plat ne développera jamais cette condition.

  • La variation naturelle : De la même manière, une arche basse ou élevée peut parfois être corrélée avec certains symptômes. Ceux-ci s’expliquent notamment par un stress prolongé sur certaines structures ou des changements tissulaires liés à l’âge, comme une diminution de la capacité d’absorption des chocs. Toutefois, une variation structurelle ou fonctionnelle ne garantit pas automatiquement l’apparition de symptômes.

  • Capacité d’adaptation : La variabilité naturelle de la forme du pied, combinée à sa capacité à rester fort et adaptable face aux contraintes quotidiennes (marche, station debout ou l’activité physique), rend impossible toute affirmation ou recommandation universelle en biomécanique.

 C’est pourquoi des suivis périodiques avec un professionnel qualifié peuvent aider à s’assurer qu’aucune intervention n’est nécessaire et permettre une détection précoce si des changements ou un affaiblissement surviennent.

 Donc, une arche plantaire basse n’est pas automatiquement problématique ou affaissée.

Qu’est-ce que la DTTP?

La Dysfonction du Tendon Tibial Postérieur (de plus en plus appelée la Déformation Progressive du Pied Affaissé) est une condition où le tendon, ainsi que d’autres structures de soutien, s’irritent et s’affaiblissent. Il peut être lié à des mauvaises habitudes, un affaiblissement des tendons suite à la ménopause, ou à des traumatismes répétés - comme de la course prolongée.

Ce processus modifie progressivement la manière dont le pied supporte le poids lors de la marche.

 Les signes et symptômes à surveiller :

  • Douleur le long de la face interne de la cheville et sous l’arche plantaire.

  • Affaissement notable de l’arche en position debout ou à la marche.

  • Le talon qui s’incline vers l’intérieur en station debout.

  • L’avant-pied qui se tourne vers l’extérieur en position debout ou à la marche.

  • Difficulté à se soulever sur la pointe des pieds avec contrôle.

  • Douleur vive à la palpation du trajet du tendon tibial postérieur.

 Évolution et pronostic :

Cliniquement, la DTTP est classifiée en stades. Les stades précoces sont souvent réversibles et améliorables. Les stades plus avancés, présentant plus de rigidité, sont généralement pris en charge pour stabiliser les symptômes et prévenir l’aggravation.

 Sans intervention appropriée, la perte de hauteur de l’arche devient souvent difficile à restaurer. Cela étant dit, les tissus peuvent être renforcés afin de mieux tolérer la charge, créant ainsi une « nouvelle normalité » pour le pied et le membre inférieur.

 Si le tendon tibial postérieur venait à céder complètement, des mouvements comme se lever sur la pointe des pieds avec contrôle pourraient être sérieusement compromis, affectant la stabilité du pied, la capacité du pied à devenir un levier stable lors de la phase de propulsion et le transfert de charge pendant la marche.

 Dans certains cas, une reconstruction chirurgicale peut être nécessaire afin de restaurer le contrôle de l’arrière-pied.

 Ce que vous pouvez vérifier à la maison

 Ces tests de dépistage simples peuvent vous aider à juger si une consultation professionnelle est nécessaire :

 1.Élévation bilatérale : Montez sur la pointe des pieds en vous tenant au mur et évaluez la fluidité du mouvement. Si cela est difficile, essayez de répéter le test sur un pied à la fois afin de comparer les côtés.

 2.Élévation unipodale : Essayez sur un seul pied à la fois. Notez si un côté semble plus faible, moins contrôlé ou plus douloureux que l’autre.

Veuillez toutefois garder en tête que ces tests ne permettent pas d’établir un diagnostic, mais servent d’indicateur pour savoir si vous devez consulter.

 L’apport de l’Ostéopathie et des soins interdisciplinaires

 Il est important de clarifier que la thérapie manuelle ostéopathique agit comme un levier pour aider les muscles et les tissus à mieux fonctionner et pour réduire la perception de la douleur. Cela peut rendre les mouvements plus fluides, réduire la sensation de « nœud » que vous ressentez peut-être et faciliter votre participation au processus de réadaptation.

En tant qu’ostéopathes, nous pouvons collaborer à travers l’interdisciplinarité, notamment pour :

  • Moduler le « volume » de la douleur afin de faciliter la réadaptation.

  • Améliorer la fluidité du mouvement et la mobilité tissulaire.

  • Renforcer les tissus pour que le pied tolère mieux la charge.

 Quand devriez-vous consulter?

 Il est généralement recommandé de consulter un professionnel qualifié le plus tôt possible. Demandez conseil si vous présentez :

  • Une perte soudaine de fonction ou de force.

  • Une enflure (oedème) persistante de la cheville, du pied ou même du genou.

  • Une douleur ou une faiblesse intense qui ne s’améliore pas au bout d’environ 2 semaines.

  • Une gêne qui limite votre capacité à accomplir vos activités du quotidien.

Conclusion

 Une arche basse, en soi, ne signifie pas automatiquement qu’une condition se développe ou qu’un traitement est nécessaire. Toutefois, elle peut potentiellement signaler une DTTP si d’autres signes et symptômes se manifestent. Un plan d’action structuré permet d’améliorer la majorité des cas de DTTP légers à modérés. L’important est de rester attentif aux changements et de favoriser le mouvement.

 Travailler avec un ostéopathe peut aider à réduire les symptômes et à restaurer le mouvement afin de favoriser un retour sécuritaire à vos activités quotidiennes. 

Par Catherine Langevin-Cusson D.O. en collaboration avec IA.

Références

Jones, J. (2018). Posterior Tibial Tendon Dysfunction.
Dans Pedorthic Association of Canada Clinical Practice Guidelines (2e éd., p. 194-200).
Pedorthic Association of Canada.

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